lundi 2 avril 2012

Ai Weiwei ou la perspective pour les nuls.

Un doigt-la Tour Eiffel, un doigt-la place Tian'anmen, un doigt-la Maison Blanche, un doigt-Hong Kong... et comme ça sur plus de vingt clichés.


J'avoue, ça m'a parlé dès la troisième photo. Mais il faut reconnaître que je suis la candidate idéale pour une telle œuvre : en effet je suis, depuis disons... toujours, en délicatesse avec les mesures. Toutes les mesures. 

Tenez, un exemple au hasard : lorsque je demande mon chemin et qu'on me répond de tourner 50 mètres plus loin à droite, j'ai toujours un moment de panique (un moment bref, certes, mais alors d'immense panique !). Aïe, 50 mètres... étant entendu que mon bras mesure... euh... prenons plutôt la jambe... hum... bon, essayons la taille complète : partant du fait avéré que je mesure 1m67 (disons plutôt que je me rappelle avoir vu ce chiffre sur mes papiers une fois... mais je crois que c'est à l'époque où je portais des talons très hauts tous les jours. Donc, là aussi, flou), je devrais diviser 50 par 1,67 pour me représenter la distance à parcourir. Dans une unité de longueur improbable. Bref, on n'est pas arrivé ! Peine perdue, l'univers des mètres, des centimètres, de tous leurs frères et sœurs refuse toujours de me livrer ses secrets. Zéro sens de la mesure, zéro sens de la perspective.

Par conséquent, j'ai littéralement trépigné de joie en découvrant que Monsieur Ai - Weiwei de son prénom - semblait avoir le même souci que moi ET qu'il avait trouvé une solution dont apparemment il ne se lasse pas ! Je ne suis plus seule. Et surtout, je suis l'égale, pour ce qui est de cette particularité du moins, d'un homme créatif, brillant et célèbre. Son truc ? Utiliser son doigt - au hasard le plus long de tous - comme un intrument de mesure ! La Tour Eiffel c'est 3 majeurs, la place Tian'anmen c'est 2 majeurs de haut ET 4 majeurs de large (et oui, un doigt ça se tourne... perspicace, non ?), la Basilique St. Marc 3 de haut et 7 de large...


J'ai essayé et ça marche. Avec tout. Sauf que, n'ayant à portée de doigt ni Tour Eiffel, ni Reichstag, ni Capitole, je me suis entraînée sur les essentiels du quotidien (démarche fort warholienne au demeurant) : une baguette = 5 majeurs ; un saucisson = 3 majeurs ; un verre de vin = 1/2 majeur (pas de panique, nous parlons d'un verre apéritif).

Je sais ce que vous pensez. Je vous entends même déjà dire que mon analyse d'Etudes de perspective est un peu tirée par les cheveux...
Ah, et la version "art-officielle", elle n'est pas tirée par les cheveux peut-être ??
Ai Weiwei, artiste chinois de renommée internationale, également connu pour son activisme politique, s'érige ici en témoin provocateur de son temps. Il brandit son majeur devant tous ces lieux symboliques pour faire un doigt d'honneur au pouvoir, comme un irrespect suprême de toutes les autorités. Il souhaite amener le spectateur à remettre en cause l'importance des icônes de la culture occidentale et orientale, les notions de pouvoir, d'ordre établi. Ces photos cristallisent son discours, à l'image du laconique Fuck off, titre de son exposition de Shanghai, en 2000.


Non mais... sérieusement ?!?!

Vous voyez, je crois que c'est exactement à cause de ce genre d'interprétation que les gens s'obstinent à croire que l'art contemporain ne s'adresse qu'à quelques rares personnes privilégiées.

Enfin... je vous laisse méditer sur les dérives de la critique artistique, moi je vais me servir un doigt de vin.

l'ARTefact.

1 commentaire:

  1. Et là, je cherche désespérément dans ma mémoire la blague de la cité de la peur qui tournait autour de la réplique "un doigt seulement"
    (magie de l'art qui nous fait mettre en perpective d'autres chefs d'œuvre...)

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