mardi 5 avril 2016

Appel au boycott : sentiment d'inconfort...


Elisabeth Badinter appelle au boycott des marques qui se lancent dans le prêt-à-porter islamique. Afin de poser le décor de ma réflexion, je précise que j'ai une admiration sans borne pour Elisabeth Badinter et que je me situe sans équivoque du côté des féministes. Que par ailleurs je boycotte depuis toujours Dolce & Gabbana, mais plus pour des raisons esthétiques que politiques.

Quand il s'agit de boycotter Uniqlo ou H&M, là, forcément, je me suis posé la question plus sérieusement. Si les magasins que je fréquente habituellement ouvraient un rayon "mode islamique", il est clair que je n'y mettrais plus les pieds. Je tiens farouchement aux droits des femmes dans notre pays. Nous avons le droit d'être indépendantes, de nous habiller comme nous l'entendons, de choisir notre mari ou de choisir de l'aimer sans l'épouser, d'avorter ou pas. Ces droits ont été conquis par nos mères et nos grand-mères, il nous appartient de les préserver. 

Je n'ai vu de rayon "mode islamique" ni dans les magasins près de chez moi, ni sur les versions françaises des sites internet de ces enseignes. Alors pourquoi les boycotter ? 
S'il s'agit pour ces marques d'aller conquérir les marchés iranien ou saoudien, il est évident qu'elle doivent s'adapter à la culture de ces pays (pays où à titre personnel je ne mettrai pas les pieds, puisque je suis libre de choisir de le faire).
Oui, je considère le voile comme une soumission et en voir autant en France me désole. Je me suis même sentie agressée cet été par le regard furieux d'un homme qui attendait à côté de moi sur le parking drive du supermarché. Il faisait 40°, il était dans sa voiture avec ses fils. Je portais une robe débardeur (décolleté et épaules nues donc) qui manifestement le gênait tandis que sa femme et sa fille qui attendaient hors de la voiture étaient toutes les deux en voile intégral avec des gants ! Il faisait 40°, elles devaient dégouliner les pauvres, et cette gamine n'avait pas l'air d'avoir plus de 10 ans. Je n'ai pas bougé, je n'ai pas baissé la tête, je suis restée à côté de la voiture de ce connard et j'ai soutenu son regard. Parce qu'en France j'ai le droit de m'habiller comme ça et que s'il ne veut pas le voir, qu'il aille vivre ailleurs. 
Je ne risquais rien, le parking était plein d'occidentaux. Aurais-je soutenu son regard avec la même fierté au milieu d'une cité "islamisée"... probablement pas. 

Néanmoins, est-ce à moi, occidentale, de boycotter une enseigne qui décide de s'adapter aux mœurs locales pour se développer dans un pays ? Je ne pense pas. Si je visite une mosquée, je me couvre.
Il me semble que c'est aux femmes des pays concernés de se libérer elle-mêmes de cette oppression. Nous pouvons les soutenir dans leur combat si elles nous le demandent, mais est-ce à nous de l'initier ?  Je ne crois pas.

Voilà pourquoi je n'ai pas l'intention de boycotter ces enseignes, à moins que vous ayez vu ces produits dans leurs rayons en France, auquel cas dites-le moi.
J'avoue trouver cette histoire un peu inconfortable. Je n'ai peut-être pas tous les éléments en mains... Votre avis est le bienvenu !

Avis constructif s'entend, la direction informe nos amis les trolls que leurs commentaires malveillants seront effacés.  

4 commentaires:

  1. C'est très intéressant comme raisonnement, je n'ai pas réussi à en savoir plus depuis que j'ai vu l'info à la télé (bon, en même temps je n'ai pas trop cherché), et ça m'éclaire un peu. Effectivement j'étais à H&M cette semaine, à Marseille il n'y a rien, aucun vêtement de ce genre.
    Personnellement j'ai du mal à me situer, mais je pense que je me sentirais gênée si je voyais des rayons de ce type de vêtements à coté des hauts et des jeans.

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  2. Lectrice de l'ombre, j'en sors pour te dire que je suis exactement du même avis que toi. Je ne vois effectivement pas l'intérêt de boycotter des enseignes qui, au nom du marketing, souhaitent s'adapter à la mode de certains pays. J'irais même plus loin dans le raisonnement : pourquoi ces femmes n'auraient pas droit à la "fast-fashion" ?
    La seule chose que je crains étant que la demande dans notre pays soit assez forte pour que ces enseignes décident d'y créer des espaces spécifiques auquel cas mon boycott sera assuré et assumé !

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  3. Merci pour vos commentaires :) ça me rassure un peu de constater que nous sommes au moins 3 à ne pas voir l'intérêt de cet appel au boycott.

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  4. J'avoue que je ne m'étais pas posé la question en ces termes, Madame Grigri. Mais j'apprécie ton raisonnement et pour l'instant m'y range. En revanche j'irais bien en Iran, je pense qu'on y est plus libre qu'on l'imagine. Un exemple? La GPA y est autorisée. Alors qu'en France ce pays si démocratique moderne et ouvert... non!
    Bises à l'expat de Biarritz à Genève!

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