lundi 16 octobre 2017

#BalanceTonPorc



On ne va pas se mentir, l'affaire Weinstein aura réveillé ce sentiment d'inconfort (dans le meilleur des cas) ou de très mauvais souvenirs (dans le pire des cas) chez un très grand nombre d'entre nous.

Ça se passe à la fin des 90's, je suis jeune cadre dans une équipe commerciale. Grosse société financière d'un grand groupe. Nous ne sommes que deux femmes cadres (jeunes, j'ai moins de 30 ans) dans notre service et la deuxième est basée dans une autre ville, elle est là plus rarement. J'évolue donc au milieu d'un service d'hommes qui ont entre 40 et 50 ans, pour la plupart très sympathiques, l'ambiance est bonne.

Parmi eux il y a Philippe C (je ne dévoile pas son nom, je risque la diffammation), responsable depuis très longtemps, il maîtrise les codes et rouages du groupe. Il se trouve drôle, il est très souvent borderline. Afin qu'il n'y ait pas de confusion, je précise qu'il ne s'agit pas de mon n+1 (dont le patronyme est proche mais qui, en plus d'être un très bon manager, était un parfait gentleman). Philippe C est le chef de l'équipe voisine, équipe avec laquelle je partage mon quotidien.

Un jour, alors que nous rentrons du déjeuner en petit groupe, dans le couloir central, sans même se soucier du regard des autres, Philippe C me met "joyeusement" la main aux fesses. Il m'a fallu moins d'un quart de seconde pour me retourner et le gifler. Un réflexe. A l'instant où ma main a claqué sur sa joue je me souviens avoir pensé Oups ! je suis virée.

J'avais déjà un caractère bien trempé et surtout la chance d'avoir des parents qui pouvaient m'aider si je perdais mon job. C'est sans aucun doute ce qui a libéré ma réaction. Je n'étais pas économiquement dépendante de mon job. Je n'ai pas été virée. Probablement parce que tout le monde savait comment il se comportait depuis des années. Sans doute aussi parce que la DRH était une femme.

Le 9 octobre 99, le jour de mon mariage. J'ai travaillé jusque l'avant veille mais ça y est, je me détends. Nous sommes le matin du jour J, je suis chez le coiffeur. Il y a du monde et deux autres mariées ce jour là. Pas mal d'attente mais ma robe est prête, mon beau père passe chez le fleuriste récupérer mon bouquet, tout est parfait, je suis sur mon nuage, heureuse... mon téléphone sonne, je décroche :
- Allo c'est Philippe C tu vas bien ?
- Oui, très bien.
- Je voulais juste m'assurer que tu avais mis une culotte propre.
- !!? 
Ben voilà, ta "blague potache" a pourri le matin de mon mariage #connard (et dire que je t'avais invité aux vins d'honneur).

Pourtant je le reconnais, la limite est parfois ténue. Dans cette même équipe il y a Daniel P, ton vieux complice, des années que vous travaillez ensemble. Barbu rieur, esprit fin, Daniel a toujours une blague grivoise en réserve. J'ai beaucoup d'affection et de respect pour lui. Si ses blagues me font parfois lever les yeux au ciel, la plupart du temps elles m'amusent. Jamais ses grivoiseries ne sont dirigées vers personne, au pire elles ciblent les femmes en général. La seule personne visée directement par ses fanfaronnades, c'est lui-même. Daniel pratique avec maestria l'art de l'autodérision. L'intention fait toute la différence.

Et puis dans mon équipe il y a Gilles B. Mon homologue. Nous faisons le même job mais chacun pour notre enseigne. Son bureau est juste à côté du mien. Un jour Gilles B a une nouvelle assistante. Issue de la promotion interne, elle est intelligente, fraîche et toujours souriante. Un peu intimidée aussi, elle est jeune (22-23 ans), c'est sa première promotion. 
Au fil des semaines on l'a vue s'éteindre, harcelée par les sous-entendus salaces de Gilles B qui était son responsable et dont elle partageait le bureau. Là, on n'était plus dans le potache, son harcèlement était devenu quotidien. Allant devant elle jusqu'à boire du lait concentré sucré et le laisser couler sur ses lèvres en lui demandant : ça te fait penser à quoi ?

Nous en avons parlé à son responsable (le gentleman), embarassé, il a éludé... Finalement, une responsable de service est allée en parler en DRH. Gilles B a eu un avertissement. Son assistante est retournée dans son service d'origine. La première promo de sa carrière n'aura été qu'un traumatisme. 

Je n'ai pas été physiquement agressée. J'ai continué ma carrière avec le même plaisir de travailler car, dans cette société et les suivantes, j'ai aussi croisé énormément d'hommes charmants (bien élevés) et professionnels avec qui j'ai bien ri, sans malaise. Mais 20 ans après, quand je repense à Philippe C et Gilles B, je fronce encore le nez de dégoût. Ça laisse des traces. 
Ah j'oubliais ! Dans la vie, Philippe C et Gilles B étaient bien sûr des maris et pères de famille tout à fait respectables.



  

4 commentaires:

  1. C'est du lourd ! Du très lourd ! Dans ma carrière militaire j'ai entendu des propos plus que lestes ! A mes débuts, comme c'était un corps qui s'ouvrait tout juste aux femmes, il était compliqué de se rebeller, de signaler les faits à la hiérarchie mais les choses ont changé maintenant, on peut faire des signalements via un site spécifique qui déclenchent systématiquement une enquête.

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    1. Très bonne idée le site qui permet de faire des signalements ! De nombreuses entreprises feraient bien de s'en inspirer... C'est centralisé ? Qui traite les demandes ensuite ? Tu sais comment cela fonctionne dans l'armée ?

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    2. C'est un site spécifique à la gendarmerie (mon ancien corps militaire). Les signalements sont regroupés et traités par des équipes d'enquêteurs (l'équivalent d'une police des polices). Du coup je ne sais pas si ça existe dans les armées de Terre, de l'Air et la Marine Nationale.

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    3. Ce serait intéressant de voir si de tels systèmes existent ailleurs et s'ils peuvent être généralisés ? (dans les entreprises, les institutions...)

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